Véronique Fournier, groupie d'éthique

02.07.2015

« Oui, je suis une groupie de Bernard Kouchner. » L'ancienne étudiante de Sciences-Po, et médecin cardiologue n’a pas pour autant perdu son esprit critique. « La nomination au Quai d’Orsay par Nicolas Sarkozy était une erreur. Mais le parcours de Bernard est exceptionnel. » Afficher ses convictions ou ses fidélités relève chez Véronique Fournier d'une espèce de savoir-vivre. Ce qui n’interdit pas des jugements expéditifs sur une profession qui peinerait à trouver sa place à l’hôpital, les psychologues. Le parler-vrai n’interdit pas le trait d’humeur. Toutefois, la révolte puise surtout dans les petits arrangements avec le réel. A l'image du livre qui vient d’être publié* où le discours théorique s’efface devant le vrai, ici les questions de vie et de mort. Exercice pratique, comment les familles éprouvent-elles l’arrêt de toute alimentation chez un enfant en fin de vie, disposition désormais légale depuis la loi Leonetti ? Pourquoi les femmes, mère, fille ou compagne, donneuses de vie sont-elles toujours en premier ligne pour demander l’arrêt d’une existence dominée par la douleur ? Ici, aucune réponse tombée du ciel ne s’impose. L’éthique est un bien commun. Et le centre d'éthique clinique, pluridisciplinaire, installé à l'hôpital Cochin créé par Véronique Fournier est une déclinaison nouvelle d’un vrai service public ouvert à tous. Sa création s’est toutefois heurtée à de fortes résistances. Les critiques, les refus, Véronique Fournier, la soixantaine passée, en a essuyé bien souvent. Son choix de faire médecine a soulevé la tempête au sein de la famille Fournier. « C’est un milieu de perdition indigne pour une jeune fille de bonne famille », juge le père banquier. Il n’imaginait alors pas sa fille découvrir comme médecin-fantassin de première ligne à la frontière thaïlandaise les horreurs vécues par les Cambodgiens avec Médecins du Monde. Mais peut-on dresser une hiérarchie dans l’atroce ? Une autre guerre surgit à la mi-temps des années quatre-vingt, celle contre le Sida.  « Je me souviens encore de ces femmes abandonnées par leurs familles, mourant seules dans cet hôpital de Bangui en République centrafricaine. » C’était le temps de l’impuissance et peut-être le début de la réflexion sur l’accompagnement. Le temps de l’action politique se produira plus tard avec la participation à la dream team de Bernard Kouchner au ministère de la Santé en 1999. Pour autant, les ors de la République n’ont pas épuisé l’esprit critique du médecin. « L’action politique est tendue en France vers un objectif unique, la rédaction et le vote d’une loi. C’est le critère absolu de la réussite. » Mais peut-on régler par la politique et donc la loi tous les problèmes surgis au hasard dans le quotidien d’un service hospitalier ? Non bien sûr. C’est par une formation aux Etats-Unis que Véronique Fournier se forge à cette nouvelle discipline d’éthique clinique, lieu d’échange entre soignants, juristes ou sociologues. Et acclimate le pragmatisme anglo-saxon au débat à la française. Avec toujours cette idée de construire une tête de pont entre le singulier et le collectif, le terrain et la  politique… au risque de dire la vérité.

*Puisqu’il faut bien mourir. Histoires de vie, histoires de mort : itinéraires d’une réflexion de Véronique Fournier. La Découverte, 220 pp., 18 euros.

Source : Decision-sante.com
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