Cash Investigation : « Si on n’opère pas, on ne gagne pas d’argent »

17.09.2015

L’hôpital public deviendrait-il l’arroseur arrosé. Alors que le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) avait tiré à boulets rouges sur l’hospitalisation privée sur la course aux actes rentables, les journalistes de Cash Investigation ont mis en cause également l’hôpital public. Explications.

  • Frédéric Pierru

Pour Frédéric Pierru (Cf. photo), chercheur au CNRS et spécialiste de la santé, interviewé par les journalistes de Cash Investigation sur France 2 le 14 septembre dernier, le mal vient de l’introduction de la T2A. « La tarification à l’activité abat le mur entre la médecine et l’argent. Le grand perdant est l’assurance maladie qui règle des prestations qui n’auraient pas dû exister. Et les patients se voient infliger des actes qui n’auraient pas été forcément utiles sous un autre régime de financement », explique-t-il.

Depuis 2007, la loi HPST a introduit la tarification à l’activité. Les établissements sont rémunérés en fonction des soins qu’ils réalisent. Et donc en fonction des actes médicaux, les hôpitaux gagnent plus ou moins d’argent. Huit ans après la réforme, le déficit des hôpitaux est toujours là (196 millions d’euros en 2014).

Pour des raisons financières, les hôpitaux pratiqueraient des actes qui ne seraient pas nécessaires. Exemple, à l’hôpital de Martigues, une infirmière travaillant dans un service de soins palliatifs témoigne. Elle explique qu’on demande aux praticiens de maintenir les patients en fin de vie le plus longtemps possible afin de générer des jours d’activité supplémentaires (une journée en soins palliatifs est facturée 800 euros) : « Le patient est oublié. Je suis réellement en souffrance. Je ne le supporte pas. J’ai des collègues qui sont en souffrance, mais qui ne le disent pas. »

Quant à Patrick Courtin, le médecin en chef aux soins palliatifs, il confirme les propos de l’infirmière : « Nous produisons des actes dont on pourrait se passer. On n’hésite pas à injecter des drogues qu’il faut mettre, mais qui ne serviront à rien, même pour deux ou trois heures de survie. C’est un acte qui rapporte de l’argent. Le système nous pousse à cela. La finance a pris le pas sur la maladie. Moi non plus je ne l’accepte pas. Cela serait encore pire qu’il n’y ait plus de rémunération. On est dans un dilemme affreux. C’est un suicide si on ne fait pas ce qu’il faut pour optimiser le plus possible la financiarisation de nos actes. » Quant à la direction de l’établissement, elle a refusé de répondre aux sollicitations de la rédaction de Décision Santé.

Concernant les pouvoirs publics, Marisol Touraine, la ministre de la Santé, qui avait promis en 2013 d’atténuer les effets négatifs de la T2A, a longtemps refusé de répondre aux questions de Cash Investigation. Jusqu’à ce que les journalistes finissent par mettre le pied dans la porte dans une rencontre à l’Académie de médecine. Élise Lucet a finalement obtenu des réponses à deux de ses questions. Mais pas plus… La ministre s’est empressée de quitter les lieux rapidement.

Les enquêteurs ont souhaité aussi interroger le patron de l’AP-HP, Martin Hirsch, qui a accepté de répondre aux questions des journalistes. Après avoir vu le témoignage de l’infirmière du CH de Martigues, il déclare : « Il y a une obligation dans un hôpital public d’aller déclarer (article 40) auprès de la justice ces choses inacceptables. » Et à la question d’Elise Lucet qui dénonce la dérive d’un système, le DG n’y voit pas le reflet d’un système.

Source : Decision-sante.com
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