La prise en charge de l’AVC au cœur des préoccupations de la région Hauts-de-France

21.06.2016

Un nouveau regard est porté sur les parcours de santé des patients souffrant de pathologies cardiologiques et neuro-vasculaires. L’occasion de faire le point, dans la région des Hauts-de-France*, sur l’épidémiologie sur les enjeux de la prévention, sur les conditions de prise en charge des accidents vasculaires cérébraux (AVC) et sur l’accès aux plateaux techniques.

Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont un réel problème de santé publique. « Avec 2 400 cas par million d’habitants et par an, les AVC constituent en effet, chez l’adulte, la première cause de handicap physique acquis, la deuxième cause de troubles cognitifs - un accident vasculaire sur quatre est une récidive et entraine très souvent des troubles cognitifs - et la troisième cause de mortalité », explique le Pr Didier Leys, neurologue au CHRU de Lille. En outre, le nombre d’AVC devrait augmenter en raison de l’allongement de la durée de vie. Et ces données se retrouvent quelles que soient les régions.
La prévalence peut toutefois varier d’un territoire à l’autre. « Le nombre d’AVC est ainsi beaucoup plus élevé dans la seule métropole lilloise et plus généralement dans la région des Hauts-de-France, où 15 500 AVC sont recensés chaque année », précise Brigitte Mauroy, urologue et conseillère régionale membre de la commission des Affaires familiales et sociales (famille, santé, action sociale, citoyenneté, vie associative). Des chiffres qui suffisent à expliquer que le Conseil régional des Hauts-de-France, dans le cadre de la priorité qu’il entend consacrer à la santé, ait décidé d’encourager certains projets, tel que télé AVC Arthe-Ain-Hénault. D’autant que le taux de thrombolyse varie du simple au double selon les territoires.
 
AVC facilement évitable
 
Pourtant « plus de la moitié des AVC – dont 84 % sont des infarctus cérébraux et donc la conséquence de l’occlusion d’une artère cérébrale ; le reste étant soit des hémorragies cérébrales (13 %), soit des hémorragies sous arachnoïdiennes (3 %)  - pourraient être évités par une prévention adaptée », précise encore le Pr Didier Leys. Une perspective d’autant plus encourageante que cette proportion augmenterait avec l’âge. Sans compter, qu’en fonction de son origine, l’AVC peut aussi être plus facilement évitable par une maîtrise des facteurs de risque vasculaires. Ainsi « la fibrillation atriale est l’une des causes où les AVC sont le plus fréquemment évitables ».
Jean-Marc Vigne, cardiologue à la Polyclinique du Val de Sambre, à Maubeuge a d’ailleurs insisté sur « la nécessité de surveiller les facteurs de risque, à partir des tables de Framingham afin d’estimer le mieux possible le risque cardiovasculaire global ». Et pour éviter aux patients d’être affectés par une pathologie cardiovasculaire, il est essentiel de lutter contre le tabagisme, de surveiller l’hypertension artérielle, le cholestérol, le surpoids et de veiller à une alimentation équilibrée en fruits et légumes. Sans oublier une recherche systématique du syndrome d’apnées du sommeil en raison des risques inhérents à cette pathologie de faire un AVC, une arythmie complète par fibrillation auriculaire, ou encore un infarctus. Un risque auquel s’intéresse tout particulièrement le Dr Patrick Goldstein, médecin urgentiste au SAMU 59 du CHRU de Lille, qui a insisté sur la nécessité d’appeler immédiatement le 15 en cas de doute.
 
Mortalité en baisse
 
Sans compter qu’à l’instar des antiplaquettaires, des anticoagulants ou encore de tous les antihypertenseurs, plusieurs traitements permettent de prévenir les AVC. Il faut enfin ne pas oublier que dans la plupart des cas, les AVC peuvent être traités. Cinq traitements se révèlent ainsi efficaces : outre l’organisation des soins en unité neuro-vasculaire, l’aspirine permet de prévenir les récidives précoces, la thrombolyse dans les quatre heures a contribué à structurer les soins aigus, la thrombectomie mécanique apporte un bénéfice supplémentaire et l’hémicraniectomie, dans des cas très particuliers va avoir un bénéfice très important lorsqu’aucun autre recours est envisageables.
Autant de solutions thérapeutiques fondamentales pour une pathologie dont la prise en charge a profondément évolué au cours de ces dernières années. La raison ? « Le concept de maladie neuro-cardiovasculaire, s’il n’est pas nouveau, n’en a pas moins été remis au goût du jour par les nombreux progrès réalisés dans la prise en charge de l’accident vasculaire cérébral », explique le Dr Claude Kouakam, cardiologue au CHRU de Lille. En particulier entre l’inauguration de l’unité neuro-vasculaire de Lille, en 1994, et celle de l’unité soins intensifs de l’unité neuro-vasculaires, en 2007, lorsque les premières campagnes d’appel au 15 ont été mises en place.
 
Télé-expertise
 
Sans oublier « entre 2007 et 2012, le déploiement de onze nouvelles unités neuro-vasculaires et la mise en place d’un réseau parallèle de télémédecine entre différents hôpitaux périphériques », explique le Dr Nelly Dequattre-Ponchelle, neurologue au CHRU de Lille. Et le Dr Isabelle Girard-Buttas, neurologue au CH de Valenciennes, d’ajouter : « une garde opérationnelle a été instaurée en mobilisant les neurologues et les radiologues de Lens, Valenciennes et Maubeuge ainsi que les SAU de proximité où une caméra a systématiquement été installée afin de pouvoir télé-expertiser les malades. »
Conséquence : la mortalité prématurée qui, entre 2008 et 2010, représentait environ 10 % de la mortalité totale, avec 44 000 décès, a ainsi fortement diminué ces dernières années. Malgré cette filière, d’importantes disparités géographiques n’en demeurent pas moins en raison à la fois d’une grande variabilité des facteurs de risques cardiovasculaires et de l’inégalité d’accès aux soins au sein de la région Nord-Pas-de-Calais, puisque seule la moitié des 1 500 AVC annuels sont pris en charge au sein des douze unités neuro-vasculaires.
 
 
 
 
 
 
Stratégies thérapeutiques prônées par l’ARS
 
Le cardiologue n’intervient que pour limiter les dégâts et autant que faire se peut pour limiter et corriger les facteurs de risques. Dans cette perspective, il se doit de traiter la fibrillation atriale qui est responsable d’environ 20 % des 130 000 AVC recensés chaque année en France. Aussi l’évaluation du risque thromboembolique est-elle primordiale ; et ce d’autant plus qu’elle est très simple à mettre en œuvre puisqu’elle repose sur des paramètres cliniques et ne prend au final que quelques secondes.
Ces stratégies thérapeutiques sont d’ailleurs fortement préconisées par l’Agence régionale de santé (ARS). Le Dr Cécile Guitard, référent médical de la sous-direction stratégie des établissements de santé à la Direction de l’Offre de soins de l’ARS Nord-Pas-de-Calais-Picardie a ainsi rappelé que « le schéma régional d’organisation sanitaire (SROS) 2006-2011 s’est ainsi employé à structurer la thématique AVC en créant une commission régionale dédiée aux AVC, en reconnaissant les unités neuro-vasculaires avant que le plan AVC ne confirme cette orientation ou encore en déployant la télémédecine ». Et le SROS 2011-2017 poursuit dans la même voie en visant à la fois l’amélioration de l’information de la population et de la prévention et la formation des professionnels. Un objectif non négligeable en raison de l’inégalité d’accès qui caractérise l’ancienne région Picarde. D’où la nécessité de poursuivre l’harmonisation avec la région Nord-Pas-de-Calais
D’autant que le registre de population de l’ancienne région Nord-Pas-de-Calais, qui a été mis en place en 2008 et ne prend en compte que les patients âgés de plus de 35 ans, montre que sur « la ville de Lille, chaque année 310 AVC frappent les 227 000 habitants, dont 4,5 % ne sont pas hospitalisés », explique le Pr Charlotte Cordonnier, neurologue au CHRU de Lille. Autre enseignement de cet enregistrement prospectif et exhaustif de tous les cas d’AVC : 70 % des patients pris en charge seraient hypertendus, un tiers souffriraient d’une hypercholestérolémie, 23 % auraient une fibrillation atriale, 21 % une coronaropathie, 20 % auraient déjà fait un AVC, 13 % pâtiraient d’une démence ou d’un trouble de la mémoire au moment où l’AVC survient.
 
Stéphane Le Masson
 
*A l’occasion de la troisième Rencontres de la santé, organisée à Lille le 8 juin dernier, en partenariat avec France AVC et les laboratoires Bayer
 

Source : Decision-sante.com
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