Rapport VillaniIntelligence artificielle, les hôpitaux seront des acteurs incontournables

Arnaud Janin
| 12.04.2018

Suite au rapport Villani sur l'intelligence artificielle, priorité est donnée à la santé. Les hôpitaux dont les Chu seront au coeur de cette transformation. Grâce à l'IA, leurs immenses bases de données serviront à accélérer la recherche. Explications.

  • visuel IA

« La France a raté toutes les dernières révolutions technologiques, comme la robotique. Elle ne doit pas rater le train de l'intelligence artificielle, même si elle n'a pas de géants capables de rivaliser avec les Gafa américains. » Cette phrase a été énoncée par la présidence de la République lors de la remise du rapport Villani le 28 mars dernier. Un vaste plan dédié avec à la clef un financement de 1,5 milliard d'euros doit contribuer à l'essor de l'IA. Parmi les quatre grands domaines économiques prioritaires figure la santé. Le rapport précise les propos du président Macron : ses auteurs incitent la France à « faire figure de pionnière en investissant massivement dans les capacités de recherche et d'innovation en matière d'IA appliquée à la santé ». En effet, les atouts de l'IA sont énormes car son développement stimule l'innovation en santé à la fois thérapeutique et pharmacologique. Les hôpitaux en sont un des acteurs essentiels.

Bac à sable

Première mission qui leur est attribuée : les gigantesques bases des établissements de santé serviront à alimenter le grand hub de données pour la recherche, qui se substituera à terme au Système national des données de santé (SNDS) et intégrera l'ensemble de la génomique, les cohortes nationales, les banques cliniques et hospitalières.

Autre rôle qui leur est dévolu, dans la logique de "bac à sable", les Chu seront incités à devenir des lieux d'expérimentation en conditions réelles pour ces nouvelles technologies. Ils contribueront ainsi à fluidifier ces expériences en temps réel avec les patients et professionnels de santé. Les hôpitaux participeront également à la réorganisation du tissu sanitaire via l'exploitation automatique des données. Exemple, le recours à l'IA peut « permettre de mieux prévoir des situations d'affluence aux urgences ou le taux de réhospitalisation et de faciliter la gestion des flux hospitaliers ». L'efficience du système de santé sera ainsi renforcée à travers une analyse prédictive de la demande de soins et la construction d'outils de pilotage économique et médical plus fins et plus réactifs.

Pour entrer dans ce processus, il faut que les premiers concernés, c'est-à-dire les professionnels de santé et surtout les médecins, s'approprient ces outils. Le rapport est sans ambages : « Les données cliniques renseignées par les médecins sont des sources d'apprentissage permanentes des IA. [...] Les étapes du diagnostic et du traitement pourront être davantage tracées, argumentées et décrites. »

 

Clarifier le régime de responsabilité médicale

Mais avant d'arriver à un déploiement massif de ces programmes dans un contexte médical, les auteurs soulignent la nécessité de « clarifier le régime de responsabilité médicale en cas d'erreur ». Dans ce cas, les auteurs semblent tiraillés : d'une part, ils affirment qu'il n'est pas question de remplacer le médecin par la machine. D'autre part, ils sont confrontés à l'absence de reconnaissance d'une personnalité juridique autonome pour l'utilisation des algorithmes. Résultat, ils envisagent à terme de considérer le médecin comme responsable de l'utilisation de ces programmes. Pour autant, les futurs professionnels de santé ne seraient pas désarmés pour comprendre ces nouveaux enjeux. Ils seraient aidés dans leur formation future par un double cursus avec reconnaisssance d'équivalences. Quant aux professionnels de santé déjà en poste, ils seraient formés aux usages de l'IA, des objets connectés et du big data en santé.

Doublement du nombre de personnes formées

Parmi les mesures appréciées par les experts figure le volet formation. Selon Yves Poilane, directeur de l'école d'ingénieurs Télécom ParisTech, la mesure la plus importante est le doublement du nombre de personnes prévues en formation : « Quand je regarde les débouchés de mes étudiants, je suis sûr que le marché du travail sera tout à fait capable d'absorber cette hausse. » Antoine Bordes, patron du laboratoire Facebook Ai Research (FAIR) va dans le même sens : « Le fait que des chercheurs académiques puissent consacrer 50 % de leur temps à des recherches pour le privé est une très bonne chose. » D'ailleurs, le rapport prévoit de verser des compensations aux équipes académiques.

Autre mesure intéressante, la fusion de l'ensemble des grandes bases dans la santé en une grande plateforme (hub) qui permettra « l'accès à des bases de données rares, unifiées, partagées entre organismes et chercheurs », selon Sylvain Duranton, directeur de BCG Pharma. Au sujet de l'expérimentation, Nicolas Bouzou, économiste, trouve adaptée « l'idée de mettre en place des zones franches de l'IA, c'est-à-dire d'avoir des territoires où l'on pourra s'affranchir d'un certain nombre de contraintes ».

Des industriels curieusement absents

Toutefois, il regrette le manque de moyens attribués au plan IA : « 1,5 milliard d'euros sur quatre ans, c'est très peu par rapport aux besoins. » Pis, la déconnexion entre les mondes politique et économique est encore trop marquée. C'est ce que souligne Patrick Albert, président de Hub France IA : « Ce qui fait défaut aujourd'hui, c'est l'intégration des industriels, qu'il s'agisse des grands groupes, des ETI ou des PME. Ils étaient d'ailleurs les grands absents à la remise du rapport. Or il faut que les entreprises notamment les plus grandes s'emparent du sujet. »

D'autres sujets ne semblent pas assez creusés comme le fait que les médecins,  principaux contributeurs des données, ne s'approprient que très peu les outils informatiques, comme par exemple le nouveau DMP. Autre obstacle seulement évoqué par le rapport, l'interopérabilité des données et des systèmes des hôpitaux jusqu'au SNDS voulue par les auteurs du rapport. Elle est loin d'être une réalité sur le terrain. Le contournement de ces barrières passera peut-être par l'assouplissement de la régulation de l'innovation. Ainsi, selon Antoine Petit, PDG du CNRS, les questions d'éthique ne sont pas universelles. Confère les valeurs américaines ou asiatiques : « Il ne faut pas laisser la création d'emplois et de valeur aux Etats-Unis et à l'Asie », insiste-t-il. Dans cette optique, le programme FDA Pre-cert lancé aux Etats-Unis en juillet 2017 pourrait servir d'exemple à suivre.

Réactions recueillies dans le journal Les Echos du 10 avril.

Source : Decision-sante.com

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