TribunePourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

28.06.2018

Sous la plume d’Estelle Sauvat, éphémère Haut-Commissaire auprès de Muriel Pénicaud, le rapport au Plan de transformation des compétences, censé accompagner les chercheurs d’emploi de tous poils – dont ceux du secteur santé -, doté de 15 milliards d’euros en prolongeant le Plan Hollande visant 500.000 formations est un moment d’anthologie aussi technocratique qu’il est inutile.

  • Shadok

    Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Le Plan Rantanplan

C'est un roc, c'est un pic, c'est un cap. Que dis-je, c'est un cap ? C'est une péninsule. De quoi sert cette oblongue capsule. D’écritoire, Monsieur, ou de boîte à ciseaux ? Merci Monsieur Rostand, merci de tourner en dérision tant de ridicule. Tout commence par la mission d’Estelle Sauvat, « une stratégie européenne en matière de compétences » qui sent le flou. Et quand c’est flou, c’est flou.

Selon Les Echos (25 juin 2018), sous la plume d’Alain Ruello, « l’Etat et les régions s’apprêtent à négocier des pactes pluriannuels pour la suite du quinquennat. Ces pactes signeront le vrai démarrage du plan compétences d’Emmanuel Macron. C’est tout l’enjeu des pactes pluriannuels 2019-2022 que l’Etat va devoir négocier d’ici à fin décembre région par région, et pour lesquels il promet de doubler la mise par formation. A condition de comprendre ce qui est demandé. Le haut-commissariat a pour cela rédigé un cadre d’élaboration de ces pactes, très indigeste, mais surtout très prescriptif, ce qui pourrait indisposer les régions, soucieuses de leur autonomie, estime un bon connaisseur du dossier. Le document de cadrage des futurs pactes Etat-régions pour le grand plan compétences de Macron est un exemple de langage technocratique ».

Pourquoi faire simple ?

A condition de comprendre ce qui est demandé. En guise d’héritage, le haut-commissariat a rédigé un « cadre d’élaboration » de ces pactes en 24 pages et 3 annexes dont le contenu n’est peut-être pas sans rapport avec la reprise en main du dossier par Muriel Pénicaud. Ceux qui critiquent la complexité de la « form pro » à la française en feront leur miel. Outre que tout est mis à la sauce de « l’agilité », le document, très verbeux, regorge de répétitions, d’enfoncements de portes ouvertes ou de concepts fumeux. Morceaux choisis. Il y est question par exemple de « favoriser l’agilité des parcours qualifiants […] à travers des compléments modulaires additionnels ». Ou encore de trouver « des réponses coordonnées et liées les unes aux autres ». La formation en situation de travail ? « Une approche applicative, de fertilisation croisée […] qui va au-delà de l’alternance juxta positive, polarisée sur l’organisme de formation (premier) vers l’entreprise (second). Et que dire du schéma en annexe II sur les référentiels de formation digne d’un manuel de troisième ! Que retenir de cette logorrhée administrative ? Qu’il s’agit de « former les plus fragiles en les accompagnant au mieux, en répondant aux besoins des entreprises et sans se priver d’expérimenter de nouvelles pédagogies ». Le tout devant faire l’objet d’un suivi à travers toute une batterie d’indicateurs concrets. Cinq pages auraient sans doute suffi.

Comme disait mon ami Sénèque « il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va ». Ce à quoi l’énarque de (ou à la, c’est selon) la botte admettra « que pour sa carrière il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des bêtises que de mobiliser sa bêtise sur des choses intelligentes » et le Shadok de conclure « que la notion de passoire est indépendante de la notion de trou » mais tant qu’on peut se baigner dans sa piscine et se délecter dans de la vaisselle de Sèvres !

Concluons avec Edmond Rostand « Pour pendre son chapeau c’est vraiment très commode ». Et désolé pour ma déformation professionnelle.

lle.

Jean-Pierre Blum
Source : Decision-sante.com

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