CHU, les pistes pour l'avenirGuy Vallancien : "Le Chu est mort, vive le GMU"

Gilles Noussenbaum
| 03.01.2019
  • Guy Vallancien

Mots clés

Soixante ans plus tard, faudrait-il une nouvelle réforme pour les CHU ?

Le CHU doit sortir de ses murs. Il devrait se libérer de la forteresse au sein de laquelle il est enfermé. Il lui faut s’ouvrir à la fois sur la ville et nouer des relations plus étroites avec les maisons de santé qui se développent rapidement et avec les industries de santé en lien avec les équipes académiques. Nous sommes loin de cette dynamique.

 

Les CHU doivent-ils assumer une fonction de soins de proximité ?

Le CHU est passé en quelques décennies de l’hospice à l’hôpital de pointe. Il ne peut plus tout faire. Comment réaliser dans un bloc ultra-moderne la greffe au quatrième étage ou la mise en place d’un cœur Carmat et aux urgences accueillir avec dignité le SDF qui présente une nouvelle rupture de ses varices œsophagiennes ou souhaite simplement se réchauffer ? Dans certaines urgences de CHU, on a parfois l’impression de se trouver à Lambaréné. Or en attendant de voir le successeur du Dr Schweitzer, les familles sont là-bas au moins présentes autour du malade et prêtent assistance aux équipes. Ce qui n’est plus le cas ici.

 

Le réseau hospitalier ultra-spécialisé aux Pays-Bas peut-il constituer un modèle ?

Faut-il vraiment à Lyon comme à Paris plusieurs services spécialisés en transplantation d’un même organe ? Une concentration des équipes et des moyens serait bénéfique aux patients. On assiste au contraire à une dispersion des hommes, des matériels, de l’expérience et au final une moins bonne qualité. Cela ne se discute même pas. Et exige une autorité forte pour mettre en place ces réformes.

 

Lorsque ce type de réforme a été tenté localement, immanquablement le politique est interpellé…

Cela est vrai. Techniquement, on sait ce qu’il faut faire. La décision est uniquement politique. Il faut réorganiser. Et c’est très difficile à mener dans un monde administré. La vraie réforme du CHU serait d’effectuer la mutation d’un secteur administré vers le management. Or la stagnation actuelle est délétère dans un environnement qui se transforme à une folle vitesse.

 

En matière de recherche, faudrait-il concentrer les équipes de haut niveau sur un maximum de dix CHU, comme le préconise un rapport de la Cour des comptes ?

On devrait avoir un CHU par région, donc en dehors de l’outre-mer un maximum de treize établissements. Ces CHU ont été créés sous la pression des politiques. On s’en mord aujourd’hui les doigts en matière de répartition territoriale. Voyez Nîmes et Montpellier si proches. Est-ce bien raisonnable ? Nous ne serons plus compétitifs face à la Chine et Aux Etats-Unis sans une concentration des équipes. D'autant que la recherche exige aujourd’hui d’importants moyens matériels, capitalistiques. L’industrie, à cet égard, ne doit pas être vue comme une pieuvre mais plutôt comme un instrument de développement de la recherche.

 

Le plan Ma santé 2022 a opéré une réelle transformation des études médicales.

C’est la transformation complète des études de médecine. On devrait raccourcir la durée des études. En huit ans, cela devrait être suffisant pour former les médecins de demain grâce par exemple aux techniques de simulation. Dans les futurs cursus, la licence correspond au niveau infirmier. Avec un niveau Master 1 ou 2, on deviendrait sage-femme ou kinésithérapeute. Le troisième niveau serait celui du doctorat.

Avec le plan Ma santé 2022, oui, il y a un net progrès. La réforme permet les doubles cursus. Cela va dans le bon sens. Mais on n’a pas encore révisé les instruments d’évaluation auxquels seront soumises les nouvelles générations. Le choix d’un certain type de carrière médicale devrait intervenir à l'issue de la troisième année. Ce qui conduirait à des cursus différents.

 

Faut-il maintenir le trépied clinicien-chercheur-enseignant ?

C’est aujourd'hui impossible. On peut assurer au mieux deux de ces fonctions. Surtout, les contrats devraient être temporaires. A partir du moment où l’on est nommé praticien hospitalier, un contrat de cinq ans devrait être signé. Il stipulerait en un accord avec le service ou le département le temps dévolu à ces deux activités, par exemple 80 % de clinique et 20 % d'enseignement ou l’inverse. A l’issue de la période, le praticien aurait l’opportunité d’opter pour une autre répartition.

 

Cela serait la fin du statut de PH…

On ne peut demeurer dans ce statut de fonction publique hospitalière. Les médecins y sont malheureux. La preuve, ils s’échappent vers le privé. D’autres s’orienteraient à un moment de leur carrière vers des fonctions plus gestionnaires. Une flexibilité s’impose. En fait, il faut passer du CHU au GMU (Groupe médico-universitaire). On ne peut réformer si l’on garde le même acronyme. Les mots pèsent. En remplaçant le centre par le groupe, on signifie que l’on quitte le centre où sont pris en charge tous les malades à un moment ou à un autre. On installe le mot « médico » au lieu d’« hospitalier » pour signifier le virage ambulatoire. Et on garde « universitaire ». La gouvernance doit changer avec la mise en place d’un triumvirat à la hollandaise, enseignement-recherche-clinique. Lorsqu’une décision relève de l’enseignement, le responsable dispose d’une voix prépondérante. Idem pour la recherche ou la clinique. Ensuite, la direction générale appliquerait les ordres qui sont donnés par les trois branches. En France, la direction dispose d’un grand pouvoir. Et met aux ordres les équipes médicales. Bref, c’est encore loin d’être gagné pour la réforme que j’appelle de mes vœux.

 

Source : Decision-sante.com

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