Jean-Christophe Rufin, le « grantécrivain »

Gilles Noussenbaum
| 16.05.2019
  • Rufin

« Je ne suis pas un homme d'action. » À première vue, l'aveu lâché dans un des salons des éditions Gallimard un matin d'avril relève du paradoxe. Le CV de Jean-Christophe Rufin témoigne d'une soif inextensible d'expériences nouvelles. Et la devise olympique « Toujours plus vite, plus haut, plus fort », si elle n'est pas un mantra, révèle aussi une volonté de conquête. Mais le paradoxe affiché n'est pas un simple paravent pour mieux se dissimuler. L'ancien ambassadeur de France nommé par Bernard Kouchner s'il est à l'évidence séducteur ne joue jamais de sa séduction. Et se prêtant aisément à l'exercice de l'entretien, il n'en conserve pas moins une pudeur qui est la plus imprenable des forteresses à l’image des Sept mariages d’Edgar et Ludmilla où Jean-Christophe Rufin braque une caméra sur un couple improbable afin d’oser parler (un peu) de soi. Mais rien ne va de soi dans ce roman, la vie improbable de Jean-Christophe.

C'est d'abord la volonté farouche de sortir à chaque fois du chemin où ses origines, celles de petit-fils de médecin, et plus tard sa fonction d’interne en neurologie brillant promis à une belle carrière hospitalière auraient dû l'enfermer. On lui proposera plus tard la tête de liste aux élections européennes, voire la mairie de Bourges, Jean-Christophe Rufin refuse tout net. Le pouvoir ne serait pas une fin en soi. De notre époque, il ne se reconnaît certes pas « dans cette insolence au quotidien et à la soumission à ce qu'il existe. Il faudrait, espère-t-il, retrouver l'esprit de transgression. » Méfions-nous donc des hommes polis dont l'enfance a été solitaire. Ils ont non pas des revanches à prendre mais des batailles à gagner, toutes celles qu'ils n'ont pas connues dans les cours de récréation. Alors, depuis la salle de garde de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à l'Académie française, de Bourges où le lauréat du prix Goncourt a été à l'école jusqu'en Ethiopie ou au Brésil, l'ange gardien de Jean-Christophe a eu fort à faire, écarter un grand nombre de dangers et faire preuve d'une foi rare dans celui qu'il s'est promis de protéger. D'où peut-être cette absence d'étonnement au regard de cette avalanche de succès et d'honneurs, mais aussi de toute idée d'arrogance ou de satisfaction de soi. L'auteur distingué par le grand romancier et critique littéraire François Nourissier se rappelle vingt ans plus tard de la critique assassine parue dans le Quotidien du médecin lors de la publication de Rouge Brésil : « Je ne suis pas toujours apprécié par mes anciens confrères », regrette l'ancien directeur de la rédaction du plus ambitieux journal médical de son époque Tribune médicale où je le confesse, j’aurais rêvé de travailler. Comment alors être reconnu par les siens, ceux de la famille, tout en refusant la posture du « grandécrivain » ? En affichant la seule identité dont il se reconnaît en conclusion de ce beau livre Un léopard sur le garrot adressé en poste restante à son grand-père : « Moi aussi je suis médecin ».

Source : Decision-sante.com

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