Vive l'arbitre... libre

Gilles Noussenbaum
| 21.11.2019
  • Koenig

Les ingénieurs ont-ils définitivement supplanté les philosophes pour opérer les vraies révolutions ? Les laboratoires d'intelligence artificielle (IA) de Facebook ou Google seraient-ils les derniers lieux où l'on pense et invente un nouveau monde ? Gaspard Koenig récuse cette idée. L'Europe est désormais un nain politique et technologique. Raison de plus pour insuffler un nouveau modèle où l'individu n'aurait pas abdiqué ses droits, sa liberté face aux réseaux. Certes Gaspard Koenig est un brin agaçant. Il se présente comme un philosophe alors que son livre s'inscrit dans le sillage de l'essai à la française. Il se revendique héritier de Tocqueville et de sa Démocratie en Amérique. Ce serait plutôt un petit-cousin de Jean-Jacques Servan Schreiber, le créateur de l'Express et l'auteur du Défi américain. Ce qui n'est pas rien. Journaliste doté d'un solide carnet d'adresses qui nous fait baver d'envie, il a rencontré en effet tous ceux qui comptent aujourd'hui ou presque dans ce Far West et ce Far East où s'invente l'IA, à savoir aux États-Unis, en Chine et Israël. Et pour une fois, les promesses de la technologie ne nous invitent pas à un avenir radieux. Elle nous demande de sacrifier l'air de rien l'invention du millénaire, à savoir le libre arbitre. Et nous soumet à un choix impossible la prospérité (relative ?) contre la liberté. Les datas nous gouvernent désormais auxquelles il faudrait tout sacrifier, y compris la recherche théorique. Cette invasion barbare n'épargne aucun territoire comme la culture et la justice désormais sans coupables. Même l'ONU serait devenue obsolète, écrit l'auteur. Mais pour une fois l'IA n'y est peut-être pour rien. Comment alors défendre l'individu autonome, condamné à la disparition par Yuval Noah Harari, l'auteur du best-seller mondial Homo deus.                                                                                                                                                          

En fait est-ce si grave docteur ? Grâce à l'IA, Yuval Harari aurait, explique-t-il, découvert plus tôt son homosexualité. Ce qui lui aurait évité bien des tourments. Peut-être, mais cette IA condamne de manière irrévocable avec ses algorithmes le hasard toujours nécessaire pour éviter la répétition. Comment accepter sans frémir une société où le confort de la reco aurait éliminé notre propre délibération, nommée par Gaspard Koenig notre arbitre libre ? L'urgence aujourd'hui est de protéger le droit à l'errance, à la marginalité, au dissensus. Le livre appelle au lancement d'un manifeste européen pour défendre ces libertés élémentaires. Avant que l'IA ne s'y oppose un jour ?

La fin de l'individu, voyage d'un philosophe au pays de l'intelligence artificielle, Gaspard Koenig, éditions de l'Observatoire, 398 pp., 19 euros.

Source : Decision-sante.com

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