Portrait François SalachasPrendre la main

Gilles Noussenbaum
| 02.07.2020
  • Macron

Comment prendre la main pour faire avancer ses idées ? Une leçon peut facilement être enseignée s'il s'agit du président de la République. Surtout ne pas la serrer mais la secouer pendant de longs instants. Si cet acte simple de civilité s'accorde à un verbe respectueux mais incisif, déstabilisant l'interlocuteur, le résultat dépasse les plus folles espérances. Le bref échange entre François Salachas lors d'une visite au groupe hospitalier de La Pitié-Salpêtrière aurait été vu dix millions de fois. Qui dit mieux ? Ce happening, totalement improvisé, s'il n'a pas changé la vie de François Salachas l'a sorti de son anonymat. « On me reconnaît dans la rue» Et loin d'être réduit à un quart d'heure, cette célébrité soudaine s'installe dans le temps. Elle ne doit peut-être rien au hasard mais tout à la nécessité. Où est en effet la frontière entre médecine et politique ? Dans les années 1970, les jeunes docteurs, plutôt que choisir, migraient en Afrique en Asie du Sud-Est. Mais aujourd'hui, la médecine peut se pratiquer ici et maintenant loin d'une zone de confort et relever d'une forme d'engagement. En témoigne l'itinéraire du jeune Salachas. Il se voyait vétérinaire. Mais sera neurologue, pas n'importe où, à l'hôpital public. Et opte pour une maladie toujours incurable, même s'il y a des formes bénignes, la sclérose latérale amyotrophique ou maladie de Charcot. C'est un choix, têtu, absolu, quoi qu'il en coûte. Ce choix se paiera au prix fort. « Il me faudra dix ans d'attente avant d'être titularisé. C'était l'époque où quasiment un PH était nommé par an» Il exige aussi une relation exigeante avec les patients « où l'on s'engage à dire les choses, et où ils savent pouvoir compter sur nous» Le mot-clé est alors jeté. « On tend à une symétrie de la relation» Cette même exigence a d'ailleurs saisi tous les observateurs lors de l'échange présidentiel. Là aussi un pacte a paru être scellé au-delà de la différence de statut, et des fonctions. Le message a-t-il été reçu alors comme une simple séquence médiatique ? Dans l'après-midi qui a suivi l'échange en réponse à une journaliste, Emmanuel Macron aurait lâché : « Ce médecin n'avait rien à faire là» Comme s'il s'était estimé piégé par la présence inopportune de ce médecin s'auto-invitant de son plein gré à un simple échange protocolaire. Pour autant le discours d'Emmanuel Macron à Mulhouse puis le 15 mais de nouveau à la Pitié-Salpêtrière le 15 mai dernier témoigne d'une rupture. « On croyait qu'on était vraiment en train de changer les choses, que tout était réglé par les plans en cours, c'est très cruel pour moi, c'était une super stratégie, mais à faire dix ans plus tôt ! » Au cours de son interpellation, François Salachas avait appellé le président de la République à saisir l'instant, le kairos dans le texte, afin de sauver l'hôpital. Le dieu grec Kairos est habituellement représenté par une simple touffe de cheveux. Lorsqu'il passe près de nous, trois situations sont envisagées, précise Wikipédia: « On ne le voit pas, on le voit et on ne fait rien ; au moment où il passe, on tend la main, on saisit l'occasion aux cheveux» Est-ce cela prendre la main ?

 

 

 

Source : Decision-sante.com

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