TribuneAprès la crise du Covid-19, tous solitaires, tous solidaires

19.11.2020

Tous solitaires, tous solidaires aux éditions CRAPS*, Jeannick Tarrière, Sénèque, Keynes et Pompidou – dans le désordre – expliquent les enjeux de notre système de santé. Revigorant et indispensable de 7 à 77 ans.

  • culture

L’auteure est réputée, spécialiste du droit social, collaboratrice de Raymond Soubie, membre de la commission Télésanté de l’Assemblée nationale missionnée par le Premier ministre ; elle est directrice du comité scientifique du club de réflexion sur l'avenir de la protection sociale. Elle livre une réflexion intelligible sur le système de santé – enfin ! – et réussit le tour de force de décrire le passé, expliquer le présent et alerter sur le futur de notre modèle, sous forme d’un ouvrage passionnant ancré dans la vie réelle et fondé au coin du bon sens. « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement », selon l’adage de Nicolas Boileau. Et c’est ici le cas.

Pas de faux semblant, pas de langage technocratique infecté – le virus est à la mode de par chez nous - pas « d’acronymite corporatiste aigue ». Avec son élégance classique, un tantinet parisienne, elle nous fait comprendre que jusqu’ici – mais on le pressentait - tout va mal. D’ici à dire qu’au bord de l’abîme on nous promet un mouvement en avant, il n’y a qu’un pas.

Elle rappelle, franchement, quelques évidences de bons sens largement partagées qui minent la performance de notre système de santé depuis des lustres dans notre monarchie démocratique – certains avancent même – les rustres ! – le concept de République bananière :

- La démocratie s’arrête où commence la raison d’Etat

- La crise de l’Etat incapable de se réinventer

- Le déni de réalité où l’on sait mais où on ne dit ni ne fait rien ou alors à la marge par stratégie de la miette

- L’incompétence crasse en matière numérique où la technologie tient lieu d’objectif, alors que ce n’est qu’un outil à adapter aux besoins en tenant compte des risques de sécurité et sur la vie privée. Un ancien sous-ministre pourrait être cité comme l’exemple de ceux qui arrivent à produire du vieux avec du neuf ou des études biaisées et au doigt mouillé.

- L’incapacité à se remettre en question, protégés que sont les décideurs par leur statut, leur fonction, leur habitus. Décidemment « on ne change pas l’eau des crocodiles » (Mission Cléopâtre, Alain Chabat)

- Les autres mais pas moi.

- Le monde vu du 7e arrondissement de Paris ou comme disait un député honoraire reconverti dans la télévision, l’assurance privée et le lobby trébuchant, « nous votons les lois, l’administration les appliquent », tout va bien circulez …. La conviction dépend du vent.

- Le corporatisme médical, pharmaceutique, administratif, de l’Inspection des finances, des X, y, z.

- Solidarités, quelle solidarité ?

- Contrainte, inégalité et chacun pour soi dans un mode ou l’absence de réseau ou d’argent est par trop pénalisant.

- L'illectronisme. Quel service pour les personnes seniors ou n'ayant pas accès ou le savoir-faire pour pénétrer le monde connecté (Rapport du Défenseur des droits 2020) ?

- Le handicap et son troisième moratoire européen en trente ans.

Et oui ce vieux pays, la France, d’un vieux continent, l’Europe, on l’entend avant de la voit (à l’action). On a beau chercher, si la bouche est pleine de parole, l'action est fort prudente.

Quid de la gouvernance ? « Il n’y a pas de vents favorables à celui qui ne sait où il va », disait Sénéque. Quel projet guide le peuple ? Pas de réponse au pays de la finance libérée.

Quid des Pythies* (les économistes si prompts à discourir sur BFM Business) dont Keynes affirmait qu’au lieu de conduire ils devraient demeurer sur la banquette arrière, tant il est vrai que la réunion de deux économistes aboutit à trois opinions, d’ailleurs prompts à venir expliquer pourquoi ils se sont trompés de façon à peu près constante. C’est Mayer de la MGM qui disait – prudent – qu’il ne se prononçait jamais sur le futur et particulièrement de l’avenir.

Notre modèle court à sa perte et il est temps de penser à renverser la table ensemble, en fonction d’objectifs de santé publique et pas de moyens technologiques survendus, d’arrière-pensées supposées économiques mais bien plus électoralistes ou financières pro domo. C’est Francis Blanche qui disait si justement que nous avons le choix de « changer le pansement ou (de)penser le changement ». La société est résiliente mais il est des gouttes qui peuvent déborder la vase. Il n’est que temps. Un ouvrage indispensable en un coup de gueule documenté.

Jeannick Tarrire « Tous solitaires Tous solidaires », Editions CRAPSISBN : 9782954175188 (20 euros) * Club de Réflexion sur l'Avenir de la Protection Sociale * Oracle du temple d’Apollon de Delphes

Jean-Pierre Blum
Source : Decision-sante.com

A LA UNE

add
Covid-19
Brève

Olivier Véran : « Le virus circule moins vite, mais la charge hospitalière demeure forte »

Lors de la conférence de presse du 19 novembre, le ministre de la Santé Olivier Véran a usé de la métaphore, mais sans pour autant perdre sa gravité : « Ce n'est pas parce que le niveau de la marée est en train de baisser que... Commenter

ÉVÉNEMENTS

ÉVÉNEMENTS

Retrouvez tous les événements organisés par Décision Santé

Formations

Abonnement

Accédez à l’intégralité de votre magazine en version numérique ou papier

COUPs DE GRIFFE/CŒUR

COUPs DE GRIFFE/CŒUR

Vous souhaitez vous exprimer surl’actualité de votre profession ? Publiez dès maintenant votre courrier en ligne.

KIOSQUE

KIOSQUE

Retrouvez l’édition numérique de votre magazine.