Brève

LivreGavroche, Cosette sont de retour

Gilles Noussenbaum
| 15.03.2018
  • couverture Les Misérables

Quelle œuvre écrite depuis au moins cinquante ans rivalise dans l’imaginaire collectif avec Les Misérables ? Pourquoi Mai 68 n’est pas à l’origine d’un roman qui aurait saisi l’esprit du temps, cristallisé le moment et transmis l’espoir d’un autre monde aux générations suivantes ? La faute peut-être aux images de télévision qui imposent la vision des barricades des journées de Mai. Et interdit à l’imaginaire de rivaliser avec la bande-son de l’époque. L’ambition d'écrire une oeuvre-somme, une œuvre monstre (?) n’est plus au programme.

Comment alors expliquer l’exceptionnelle floraison de la littérature au XIXe siècle. La proximité avec l’évènement 1789 serait l’une des causes. Selon l’éditeur de cette nouvelle édition des Misérables dans la collection de la Pléiade, Henri Scepi, c’est même la clé de l’œuvre. Tous les personnages du roman « sont les héritiers ou les enfants adoptifs d’une idée qui est une promesse ». Mais « ce livre siècle » ne se réduit pas à la question sociale, au Paris des révolutions. « Ce livre est un livre religieux », clame Victor Hugo dans un projet de préface recueilli dans cette édition. Les Misérables sont en effet l’histoire d’une rédemption où « le mal constitue un ferment d’élévation », rappelle Henri Scepi. En tout cas et quel que soit le parti du lecteur, le génie d’Hugo est immédiatement reconnu par ses premiers lecteurs. Et comme l’esprit de Paris, de la France souffle alors au-delà des frontières, le succès public sera immédiat, du jamais vu en France alors que Victor Hugo est toujours un proscrit de l’empire mais aussi dans le monde entier. Est-ce l’époque dure, grisâtre, glaciale, jamais la lecture des Misérables, œuvre au cœur de l’identité française, n’aura paru si nécessaire.

Les Misérables, de Victor Hugo, collection de la Pléiade, éd. Gallimard, 1824 pp., 65 euros jusqu'au 30 juin 2018, puis 72 euros.

Source : Decision-sante.com

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