Brève

Christophe Prudhomme (Amuf) : "Services d'urgences, pourquoi le Gouvernement nous a trahis"

Arnaud Janin
| 05.04.2018
  • visuel Prudhomme

Décision et Stratégie Santé. Pourquoi évoquer une trahison du Gouvernement dans sa volonté de modifier le décret sur l'organisation des urgences ?

Christophe Prudhomme. Cela fait suite à un communiqué publié par l'ARS Bourgogne Franche Comté pour les urgences de Clamecy et Tonnerre. Les pouvoirs publics souhaitent valider dans un décret la possibilité pour un service d'urgences de laisser un seul médecin pour tout faire, c'est-à-dire à la fois assurer l'accueil des urgences et des sorties SMUR. Cela ne fait pas du tout partie des discussions qui ont été engagées sur le sujet. D'autant qu'ils nous font dire des choses que l'on n'a jamais dites. Nous avions alors convenu qu'il serait possible d'envisager des exceptions dérogatoires au décret qui fixe aujourd'hui les règles du fonctionnement d'urgences. Par exemple, au CH de Bagnères de Bigorre, il n'y a qu'un seul médecin en raison d'une exceptionnalité géographique particulière. Or là, la modification du décret impliquerait une ouverture à la possibilité de fonctionnement de manière dégradée également dans des services d'urgence assurant jusqu'à 20 000 passages par an. Cela n'est tout simplement pas possible. Ils veulent généraliser des exceptions géographiques. C'est la raison pour laquelle nous parlons de trahison.

DSS. Quel est le nombre minimum de médecins nécessaires aux urgences de Bourgogne ?

C. P. Dans ce type d'établissement, il faut deux médecins H 24, un pour le Smur et un pour les urgences qui travaillent de manière conjointe. Il n'est pas question d'accepter un seul médecin. Tandis que le Gouvernement reste dans une logique comptable, nous nous positionnons sur le plan médical. Aucun citoyen ne doit se trouver à plus de trente minutes d'un service d'urgences. La baisse de l'activité ne doit pas conduire à une baisse de la présence de médecins. Si l'on revient à l'exemple des hôpitaux de Clamecy et Tonnerre, un dispositif de télémédecine efficace a été mis en place avec le service de Dijon. Mais il peut y avoir la même nuit un AVC et un infarctus et aucun problème grave de prise en charge la nuit suivante. Le concept de l'urgence est d'être là au cas où.

DSS. Quelle est la situation générale des services d'urgence aujourd'hui dans l'Hexagone ?

C. P. Il y a 650 services d'urgences sur l'ensemble du territoire. C'est le seuil au-dessous duquel il ne faut pas descendre au risque de mettre en danger la population. Même avec ce maillage-là, des personnes se trouvent déjà à des distances supérieures à 30 minutes d'urgence. Qui plus est, ces problèmes de démographie ont été sciemment créés. Pour notre part, nous proposons de rouvrir, voire de supprimer le numerus clausus. Nous souhaitons aussi réguler régionalement le nombre de places par spécialité pour inciter les professionnels de santé à s'installer dans les déserts médicaux de manière contractuelle pendant un certain nombre d'années.

DSS. Quelles seraient les conséquences pour la santé des patients si la situation venait encore à se dégrader ?
C. P. Je vais vous donner un exemple. Une étude publiée récemment dans le Jama a montré que la fermeture des maternités rurales aux Etats-Unis a entraîné une hausse de la mortalité néonatale. Cela montre que les territoires à faible densité de population doivent bénéficier d'un service public. C'est un principe constitutionnel d'égalité de traitement de la population sur le territoire.

DSS. Depuis combien de temps ce projet de décret est-il en négociation ?

C. P. Depuis quelques mois déjà. Nous avions alors rejetté un certain nombre de propositions. Mais le Gouvernement est revenu à la charge avec toujours la même méthode, ouvrir des concertations. Mais entre le texte initial et le texte final il ne bouge pas d'un iota...

Source : Decision-sante.com

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