Brève

Grève à l'hôpital Philippe-Pinel d'Amiens, comment reprendre le dialogue ?

Arnaud Janin
| 30.08.2018

L'établissement psychiatrique Philippe-Pinel est en grève depuis début juin pour protester contre le manque de moyens. Face aux revendications exprimées par les personnels grévistes, la direction de l'établissement justifie la fermeture de deux unités depuis deux ans. Et table sur la réorganisation du mode de prise en charge vers l'ambulatoire. Entretien avec Pierre-Alban Pillet, directeur des ressources humaines de l'établissement.

  • Pillet

Quand et comment a débuté le mouvement ?

Le mouvement a commencé début juin suite à la fermeture d'une unité. Celle-ci avait toutefois été annoncée et préparée depuis un an. Des solutions en aval avaient été trouvées pour les patients concernés. Depuis début juin, sur un total de 995 agents (982 ETP), une à dix personnes (avec des pics à 20) se déclarent grévistes, assignés compris. Certains jours des manifestants venant de l'extérieur dont les hôpitaux du Havre et de Rouen viennent en soutien. Le collectif est animé par la CGT. Y participent aussi un représentant de l'Unafam, des ex-salariés, des conjoints de salariés...

Quelles sont les revendications des grévistes ?

Ils demandent l'effacement de la dette qui s'élève à 12 millions d'euros, la création de 60 ETP soignants ainsi que des ETP techniques, l'ouverture de deux unités d'hospitalisation temps plein et la titularisation des personnels en CDI et CDD.

Est-ce que des négociations ont été menées pour sortir du conflit ?

Il y a un blocage. Le directeur de l'établissement, M. Elio Melis, a invité les représentants du personnel à venir discuter à sept reprises. Mais ceux-ci souhaitent une table ronde avec l'ARS autour de la table, les représentants des familles, etc. Cette demande est une condition bloquante à tout échange, ce qui est regrettable. Un nouveau préavis de grève a été déposé pour le mois de septembre. Le contexte national avec l'annonce du plan pour l'hôpital à la mi-septembre et des élections professionnelles à venir dans l'année ne sont probablement pas des éléments favorables à la sortie du conflit.

Quelle a été la réponse de la direction et celle de l'ARS aux revendications des grévistes ?

Tout d'abord, le souci que nous partageons avec les grévistes c'est la qualité des soins. Nous ne cautionnons pas l'idée que l'hôpital serait maltraitant ou que la tâche des soignants se résumerait à du gardiennage.

Pour ce qui est des revendications, il y a plusieurs réponses différentes. Sur l'effacement de la dette, il est clair que nous ne pouvons pas décider unilatéralement de ne pas rembourser nos  créanciers.

Concernant la titularisation des personnels, nous avons un programme pluriannuel de concours qui est en cours et doit durer trois ans. Il est important de préciser que tous les CDD ne sont pas titularisables, car certains contractuels sont affectés sur des postes de titulaires partis en disponibilité.

Quant à l'ARS, elle nous demande de structurer nos projets. Les médecins, avec la direction, doivent remplir des fiches opérationnelles découlant du projet médical. Certaines de ces fiches correspondant à des projets pour lesquels nous demandons de nouveaux moyens. Il nous faut donc être précis dans ce que nous sollicitons en termes de moyens humains et financier, de calendrier... À l’heure actuelle, l'objectif est de réaliser une extension de la maison d'accueil spécialisée et la construction d'un foyer d'accueil médicalisé. Par ailleurs, l'ARS a versé 1 million d'euros d'aide complémentaire en juillet, ce qui a permis de recruter dix postes supplémentaires d'infirmiers qui viennent s'ajouter au redéploiement de 20 ETP [qui a eu lieu suite à la fermeture des deux unités] dans les autres unités d'hospitalisation. En tout cas, plus de la moitié des effectifs des deux unités qui ont fermé ont été redéployés dans les autres unités.

Combien de médecins psychiatres ont quitté l'établissement ?

Depuis juin 2018, cinq médecins sont partis dont deux départs à la retraite sur un total de 64,5 ETP médicaux (dont 24 médecins psychiatres exerçant dans le secteur adulte, 12 dans le secteur pédopsychiatrie et 22 internes). D'ici à mars 2019, 7 médecins souhaitent partir, dont 4 dans le cadre d'une disponibilité afin de s'installer dans le privé. Si tout se passe bien, nous aurons toutefois recruté quatre nouveaux médecins d'ici à la fin septembre. Pour la suite, dans les douze mois qui viennent nous allons chercher à recruter une bonne dizaine de psychiatres pour compenser les départs. Ce n'est, bien entendu, pas évident. Nous avons donc fait appel à deux cabinets spécialisés en recrutement. Nous aurons par ailleurs recours à de l'intérim médical pour combler les écarts à certains moments.  

 

 

Source : Decision-sante.com

A LA UNE

add
visuel Macron
Brève

BilletA suivre, le bulletin météo...

Jupiter est descendu de l'Olympe. Les épreuves de la rentrée − démission de Nicolas Hulot, affaire Benalla, croissance en berne, cote de popularité en chute libre − exigeaient un sursaut de modestie. Ma santé en 2022 témoigne de... Commenter

ÉVÉNEMENTS

ÉVÉNEMENTS

Retrouvez tous les événements organisés par Décision Santé

Formations

Abonnement

Accédez à l’intégralité de votre magazine en version numérique ou papier

COUPs DE GRIFFE/CŒUR

COUPs DE GRIFFE/CŒUR

Vous souhaitez vous exprimer surl’actualité de votre profession ? Publiez dès maintenant votre courrier en ligne.

KIOSQUE

KIOSQUE

Retrouvez l’édition numérique de votre magazine.