Brève

Faut-il un quatrième plan cancer ?Patrick Castel, sociologue : « Nos équipes de recherche sont trop nombreuses et trop dispersées »

Gilles Noussenbaum
| 14.03.2019
  • Castel

Faut-il un quatrième plan cancer ?

La continuité de plans sur une seule pathologie au fil du temps est une situation inédite (avec l’autisme). On peut certes citer le plan national Nutrition mais axé sur une problématique plus large de santé. Les plans cancers, notamment pour ce qui concerne leurs dimensions recherche et innovation, s’inspirent à certains égards des politiques américaines. Récemment, l’Inca a cherché à faire émerger des « Comprehensive cancer centers » à la française, par exemple. Pour revenir à la France, les professionnels, les associations de patients militent pour obtenir des plans. Avant le lancement du premier plan, la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer (aujourd’hui Unicancer) avait fait partie des organisations (le cercle des cancérologues français et la Ligue aussi) à pousser à la création d’un National Cancer Institute à la française alors qu’elle était par défaut l’organisation structurante. Se battre pour avoir des crédits fléchés, c’est plus facile avec un plan cancer mais cela assure aussi une plus grande visibilité des établissements et professionnels spécialisés et peut procurer une ressource lors des arbitrages ministériels.

Du point de vue du sociologue, j’ai été surpris que le dernier plan cancer n’ait pas été aussitôt reconduit. Certes, avant l’annonce de chaque nouveau plan, on percevait une inquiétude dans les milieux institutionnels, mais dans le contexte présent, un certain nombre d’éléments pouvaient laisser penser que la reconduction irait de soi. Cela n’est pas le cas. Soulevons juste une hypothèse : ce que l’on voit se dessiner comme grandes priorités de politique de santé autour des big data, de l’intelligence artificielle, de la génomique, de la coordination ville-hôpital, de l’ambulatoire sont désormais des priorités transversales et non plus axées sur une seule pathologie.

Sur la lutte contre les inégalités de santé, l’affichage ne correspond pas à la réalité.

L’inscription dans le discours public d’une évidence des inégalités de santé est soutenue par un grand nombre d’études. Dans le même temps, on observe une frilosité des acteurs professionnels ou politiques à se saisir pleinement de cette question. Les outils privilégiés notamment dans la sphère de la prévention visent d’abord à responsabiliser les individus, à les rendre autonomes. Cela sans nul doute relève d’une politique de santé. Pour autant, les inégalités de santé sont parties liées aux territoires et à d’autres dimensions sociales. Si l’on prend l’exemple des fumeurs, ils sont surreprésentés parmi les classes sociales les moins aisées. L’une des réponses est pourtant d’augmenter le prix du paquet de cigarettes. La même observation peut être faite au sujet de la nutrition. Pourquoi l’Etat providence ne déploie-t-il pas une plus large palette d’actions afin de réduire les inégalités de santé ?

Quelle peut être dans ce cas la solution ?

C’est évidemment très complexe et il n’y a probablement pas une seule solution. Mais, si l’on accepte que la nutrition est un grand facteur d’inégalités et génère des pathologies du type diabète et cancer, on peut imaginer le lancement d’un plan massif sur les menus des cantines scolaires, la distribution de food stamps comme aux Etats-Unis pour accéder à des produits de qualité ou des actions sur la fiscalité et la régulation de la qualité des produits. Il y a un grand nombre de leviers possibles.

Vous pointez par ailleurs la contradiction dans le domaine de la recherche entre d’une part le point de vue de l’excellence et donc la concentration des moyens et d’autre part l’aménagement du territoire et une plus large diffusion de ces moyens.

La politique de recherche menée par l’Inca est fascinante et frappe certains observateurs étrangers. Nous serions le seul pays parmi ceux qui comptent dans le paysage de la recherche et l’économie de la connaissance sur le cancer à faire preuve d’une telle réticence à concentrer les moyens sur un nombre limité d’équipes. Si l’on prend l'exemple des cancéropôles, au départ leur nombre devait être limité à trois ou quatre. La mise en œuvre a obéi à une autre logique, celle de la couverture du territoire. Le même phénomène s’est produit avec les Clip 2*. Leur nombre avait été fixé à 7 ou 8. On est désormais à 16 centres. Dans le même temps, dans l’organisation des soins, l’idée de concentration s’est plutôt imposée avec le relèvement des seuils d’activité. Il y a pour le moins un paradoxe.

*Centres labellisés de phase précoce.

 

Source : Decision-sante.com

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