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Léonard Corti, Isni : « Avec des mesures de confinement plus strictes, nous pourrions nous en sortir d'ici deux à trois semaines »

Arnaud Janin
| 23.03.2020

L'Isni comme d'autres syndicats de médecins sont favorables à un durcissement du confinement et à l'arrêt des activités jugées non essentielles afin d'enrayer la pandémie plus rapidement. Le Conseil d'Etat a rendu un avis plutôt favorable à leur requête. Entretien avec le secrétaire général de l'Isni, Léonard Corti.

  • Isni

Pourquoi demandez-vous un renforcement des mesures de confinement ? Certains médecins par exemple le Pr Philippe Juvin ce matin sur France Inter s'étonnent que vous demandiez l'interdiction des joggings pratiqués seuls.

Le Gouvernement a envoyé des messages contradictoires qui ont provoqué une confusion dans le grand public. Conséquence, des déplacements jugés non essentiels sont encore trop fréquents. Evidemment nous ne souhaitons pas interdire complètement le footing, mais certaines personnes l'utilisent comme prétexte pour sortir plusieurs fois par jour. Sur certains marchés parisiens, les gens se pressent sans respecter les consignes de sécurité, sans masques ni gel hydroalcoolique. Chaque sortie constitue un risque pour se contaminer, car le virus demeure sur le digicode ou la porte pendant 4 à 7 heures.

Comment envisagez-vous un confinement plus strict ? Et quel est l'objectif au fond de le renforcer ?

Ce type de confinement un peu dilettante depuis une semaine risque du coup de durer beaucoup plus longtemps. Avec des mesures plus strictes, on pourrait en sortir dans deux à trois semaines. L'objectif du confinement total est à la fois d'éviter la vague qui risque de submerger les services de réa, de lisser le nombre de cas graves et de ne pas avoir à faire de choix éthiques entre les patients. Nous attendons aussi une vraie politique de dépistage prochainement, alors que pour l'instant nous n'avons pas les moyens de dépister les patients. Ils ont plutôt intérêt à rester à la maison pour l'instant, plutôt que de répandre le virus. En fait, nous souhaiterions limiter le nombre de sorties : une par semaine pour faire les courses et une par jour pour l'exercice physique nous semblent suffisantes.

Quels étaient les autres motifs de saisie du Conseil d'Etat ?

Notre demande aussi portait sur l'arrêt des activités non essentielles. Les syndicats du BTP en effet disposent de gros stocks de masques FFP2 parce qu'ils travaillent avec de l'amiante ou de la fibre de verre. C'est ahurissant de constater que ce secteur ne sait pas quoi faire de ses masques tandis que nous en avons besoin cruellement. Et surtout nous devrions à l'image de l'Italie qui a pris cette décision suspendre toutes les activités non essentielles. En effet, certaines usines continuent de faire travailler leurs salariés dans des immenses ateliers. Ce qui risque de créer d'autres clusters.

Allons-nous devoir nous confiner cent jours comme les Chinois ?

On y va tout droit. Au début, ils n'étaient que semi-confinés puis totalement. Ce qui les a sorti de la pandémie, c'est la systématisation du dépistage. Le plus étonnant encore, la crise a commencé depuis mi-janvier, et nous nous rendons compte seulement maintenant que nous ne disposons pas assez de tests pour toute la population, tandis que l'Allemagne s'y est déjà préparée depuis plusieurs semaines en relançant la production de tests à leurs entreprises.

Pour autant, le Conseil d'Etat dans son avis ne vous a pas donné complètement tort. Certes, il a refusé le confinement total, mais il a demandé au Gouvernement de revoir certaines obligations de déplacement pour raisons de santé ou activités physiques...

C'est vrai, c'est même une victoire pour nous. Car il a pris conscience de la situation exceptionnelle. D'abord, il nous donne raison sur le fait qu'il faut préciser et clarifier le message du Gouvernement. Il a repris nos termes : « ambiguïté du message du Gouvernement ». Par ailleurs, les Sages ont constaté que la doctrine de ne pas tester les gens n'était pas la conséquence d'une action politique réfléchie mais d'une pénurie de tests rendant impossible un dépistage massif, pourtant nécessaire, comme le rappelait l'OMS la semaine dernière.

Le dépistage systématique serait le plan B après le confinement total ?

Tout à fait. La Corée du sud qui a été très efficace pour gérer la pandémie, a dépisté énormément les gens. Ensuite, ils ont isolé les personnes contaminées et confiné leur entourage avec des tests réguliers par la suite. C'est d'autant plus triste que la France, 6e puissance mondiale, se retrouve en pénurie de masques et avec des hôpitaux surchargés. Du coup, il faudra absolument revoir notre modèle et peut-être s'inspirer de celui de la Corée, un pays moins riche que la France et tout de même assez peuplé (51 millions d'habitants) ayant réussi à mettre en place une politique de santé publique certes très coûteuse, mais très efficace.

 

Source : Decision-sante.com

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