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Angélique, interne en pneumo : « Au début, je voulais que personne ne sache que j’étais infectée »

30.03.2020

Le nouveau coronavirus ou SARS-cov2, touche de plus en plus de soignants. Les internes sont en première ligne et sont eux aussi touchés par l’infection respiratoire à coronavirus. Angélique* est interne en pneumologie, elle est confinée à la maison.

  • Covid-19

Quand as-tu pensé être infectée ?
J’ai commencé par avoir de la toux, qui persistait depuis plusieurs jours. Comme beaucoup de collègues, je suis devenue hypocondriaque en cette période d’épidémie. Le moindre petit symptôme nous fait penser au coronavirus. Je travaille en pneumologie où nous avons de nombreux patients covid+, mais je fais aussi beaucoup de gardes aux urgences. Avec la toux, je ne me suis pas vraiment inquiétée, mais quand j’ai commencé à avoir de la fièvre, j’ai immédiatement pensé à ça. J’ai quand même mis en place précocement les mesures barrières. Nous avons des patients fragiles dans le service, comme des patients BPCO ou atteints par la mucoviscidose. Les mesures barrières sont en place toute l’année.

As-tu été dépistée ?
Oui. J’ai expliqué à mon chef que j’avais des symptômes pseudo-grippaux. On a réalisé un prélèvement nasal et on a donc décidé que je devais rester confinée en attendant les résultats. Il est revenu positif et je reste donc depuis à la maison. Je ne sais pas si les tests sont toujours utilisés pour les soignants. Il semble que nous sommes limités en nombre de tests.

Quels étaient tes symptômes ?
Ça a commencé par de la toux pendant 2-3 jours. J’ai ensuite été fébrile, à plus de 39 degrés. Et puis une fatigue très importante. Le coronavirus m’a bien terrassée. Je n’ai pas eu la grippe depuis longtemps, je suis vaccinée chaque année, je ne suis pas habituée à me retrouver aussi longtemps au lit à ne rien pouvoir faire. Je n’ai pas présenté de symptômes respiratoires particulièrement gênants, en dehors de la toux. En revanche, j’ai bien eu une anosmie et une agueusie, c’est extrêmement perturbant.

Comment tes collègues ont réagi ?
Au début, je voulais que personne ne le sache. Je ne voulais pas être vue comme une pestiférée. J’ai bien sûr évité de le crier sur tous les toits, mais plusieurs personnes de l’hôpital ont été infectées, et je continue de penser que nous le serons tous à un moment donné. Et puis, j’ai rapidement été confinée, je n’ai pas eu le temps de voir les réactions négatives. J’ai reçu tout de même de très nombreux messages, me demandant de me reposer, et aussi pour prendre des nouvelles. Ça fait du bien !

Étais-tu inquiète ?
Quand on a reçu nos premiers patients, je faisais attention à tout pour ne pas me contaminer, alors que je l’étais probablement moi-même. J’ai naturellement respecté les mesures barrières, avec la distanciation, le port du masque et le lavage des mains, donc je ne pense pas avoir contaminé les collègues. Me concernant, les symptômes que je présentais étaient vraiment peu inquiétants, même si on sait que le coronavirus est totalement différent de la grippe, cliniquement, pour beaucoup d’entre nous ça y ressemble beaucoup. Globalement je n’étais pas inquiète. Cependant, on voit énormément d’infos passer. J’ai entendu parler de probables conséquences sur la fonction respiratoire, même chez les asymptomatiques. J’essaie de ne pas trop y penser. Les études ultérieures nous le dirons.

As-tu été contaminée dans le service ?
Difficile à dire, mais je ne pense pas. J’ai commencé à présenter des symptômes quelques jours avant qu’on ne reçoive les premiers patients Covid dans le service. D’après l’infectiologue j’ai aussi bien pu me contaminer à l’extérieur qu’aux urgences où j’ai fait des gardes.

Comment te sens-tu maintenant ?
Je n’ai plus de fièvre, je recommence à m’alimenter correctement. Je me sens beaucoup mieux. Je ne peux pas retourner à l’hôpital. La solitude pèse beaucoup, mon copain n’habite pas avec moi, mais il me fait des courses et les dépose sur le palier. Je pense que je vais vite me remettre de cet épisode. Pour moi ça n’a été rien d’autre, sans faire de comparaison microbiologique, qu’une grosse grippe. Je pense bien sûr à tous ceux qui vont être infectés plus fortement par le virus et qui sont dans un état critique.

*le prénom a été modifié.

Idris Amrouche
Source : Decision-sante.com

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