Brève

Entretien avec Thierry Chiche, président exécutif d'ElsanAP-HP, Elsan, la nouvelle alliance

Arnaud Janin
| 31.03.2020

Le groupe de cliniques Elsan mène une opération de transfert d'une équipe de soignants et de médecins anesthésistes vers l'hôpital Beaujon, suite à la demande de l'AP-HP le week-end dernier. Contrairement aux polémiques récentes sur la sous-utilisation des établissements du privé, la coopération avec le public pour lutter contre la pandémie est déjà effective. Entretien avec son président exécutif, Thierry Chiche.

  • Covid-19

Quand l'AP-HP a-t-elle fait appel aux services d'Elsan ?

François Crémieux, le directeur général adjoint de l'AP-HP m'a appelé dimanche, nous sommes parvenus à mobiliser en moins d’une journée 8 personnels de soins de nos établissements d'Angoulême, Poitiers, Agen, Montluçon, et aussi deux médecins anesthésistes réanimateurs. Ils seront installés respectivement aujourd'hui et jeudi afin d'aider l'AP-HP à monter une unité supplémentaire de dix lits de réanimation sur l’hôpital Beaujon. Ces équipes proviennent de territoires moins impactés que l'Ile-de-France, mais devront revenir dans leurs établissements d'origine quand la vague arrivera. Je les remercie d’avoir répondu positivement à notre appel.

Cette expérience illustre une coopération public/privé qui fonctionne bien ?

La coopération est exemplaire et tout le monde donne son maximum pour travailler main dans la main et faire front face à l’épidémie. Plus personne ne dit le contraire. Le message que j'adresse aux agences régionales de santé est le suivant : sur les territoires pas encore impactés par l'épidémie, il ne faut pas attendre de saturer une offre publique avant de mettre en mouvement l'offre privée. Pourquoi cette vigilance ? Car il y a un temps de préparation et de formation des équipes notamment sur leur protection, l'habillage, le protocole de réanimation qui est différent et où il faut apprendre à tourner les patients et les autres prises en charge qu’il faut adapter. Toute cette préparation doit se faire de manière graduelle.

Est-ce que ces personnes venant travailler à l'hôpital Beaujon sont toutes issues de services de réanimation ?

Ces personnes ne viennent pas toutes d'un service de réanimation. Mais elles vont s’adapter vite grâce aux équipes sur place. Notre maître mot est la formation et l'anticipation.

Sont-elles déjà arrivées à Beaujon ?

Oui, aujourd’hui et elles ont été très bien accueillies d'un point de vue logistique et professionnel. Elles seront d'abord accompagnées dans la pratique, puis dans la gestion des lits supplémentaires. L'intérêt pour nous aussi est qu'à leur retour dans leurs régions initiales qui seront à leur tour impactées, elles auront acquis une expérience très utile.

Par cette action, allez-vous dans le sens d'un représentant de l'Amuf hier soir qui a expliqué que le transport des malades coûtait extrêmement en moyens humains et financiers ?

Notre réponse n'est pas politique, mais extrêmement pragmatique. Notre seul objectif est de parvenir à trouver des solutions à des problèmes nouveaux. Toutes les solutions pratiques sont bonnes à prendre, déplacements de matériels, de personnels, de patients... On peut toujours aussi préparer les équipes en amont en transférant quelques patients.

Des cliniques de votre groupe participent-elles à la lutte contre l'épidémie dans les régions les plus impactées ?

Absolument. Nous avons 5 cliniques dans le Grand Est mobilisées en première ligne, mais pas qu'en réanimation, mais aussi en hospitalisation de médecine générale, en accueil de patients Covid, en SSR, parfois en soins palliatifs Covid pour les patients en fin de vie. Nous avons en particulier la clinique de l'Orangerie à Strasbourg, l’hôpital-clinique Claude-Bernard à Metz, la polyclinique Gentilly à Nancy, les cliniques de Chaumont et Langres en coopération avec les hôpitaux de la ville depuis de nombreuses années. La polyclinique Montier-La-Celle de Troyes est en train de se préparer activement. Au final, notre groupe se sent très concerné car il est bien implanté dans cette région.

Avez-vous des établissements qui collaborent déjà dans d'autres régions impactées comme la Corse ?

Nous avons un foyer autour d'Albi avec la clinique Claude-Bernard déjà très mobilisée, la clinique d'Occitanie à Muret au sud de Toulouse. D'autres établissements commencent à se remplir très vite à Chateauroux en région Centre, mais aussi dans la région Paca à Toulon et Marseille. Au total, nous accueillons près de 300 patients Covid en réanimation et hospitalisation dans 22 de nos établissements.

Seriez-vous prêt à renouveler le même type de transfert que celui de Beaujon ?
Nous sommes prêts à le faire depuis Avignon, un endroit moins impacté : une liste de 70 volontaires a été transmise à l'ARS Paca pour renflouer les hôpitaux, et en particulier l'AP-HM.

Cette crise au final va-t-elle servir à fluidifier les rapports entre l'hospitalisation privée et l'hôpital public ?

Elle révèle en tout cas que le système de soins français dispose d'un atout majeur, celui d'avoir ses deux jambes, public et privé, qui se complètent de manière puissante.

La fourniture de matériels est en tension est-elle en tension comme à l'hôpital public ?

Tous les jours, nous sommes à la recherche du matériel. Nous sommes souvent sur le fil, avec une faible visibilité en matière de stock. Mais avec la force de notre groupe et à son réseau d'achat et d'approvisionnement, nous cherchons des solutions en permanence pour nous approvisionner. Nous avons un pilotage très précis des stocks. Aujourd'hui, nous avons identifié une nouvelle difficulté d'ordre politique : depuis hier, le gouvernement italien bloque à la frontière italienne des camions transportant des produits médicaux critiques. Je l'ai signalé au ministère. C'est une illustration des problèmes permanents d'ordre pratique que nous devons régler chaque jour.

Source : Decision-sante.com

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