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Bernard Granger (AP-HP) : "Le corps médical semble beaucoup plus légitime à conduire les établissements"

15.04.2020
  • Covid-19

Quel bilan tirez-vous de la crise ?

Les défauts du système actuel ont été amplement analysés depuis plus de dix ans. Pourtant, les gouvernements successifs ont maintenu avec une grande constance une vision comptable, insistant sur les économies à réaliser et les lits à supprimer. Ils ont affaibli l’hôpital.

Les systèmes de santé des différents pays ont été plus ou moins sollicités en fonction de la vitesse de réaction des gouvernants et de la pertinence des mesures préventives de santé publique qu’ils ont adoptées. Au moment où ces lignes sont écrites, on peut se féliciter de la rapide métamorphose et de la solidarité des hôpitaux français pour faire face à l’afflux de malades du Covid-19. En revanche, on doit regretter le manque de moyens de se protéger et d’assurer la protection des autres dont ont été victimes les personnels hospitaliers, et au-delà tous ceux qui ont eu à prendre des risques en raison de leur travail au service de leurs concitoyens.

L’épidémie n’est pas finie. À l’issue de cette période, il faudra mener des enquêtes approfondies pour expliquer ce qui s’est passé, en évitant de se limiter à la recherche de boucs émissaires ou à des réactions à l’emporte-pièce ne tenant pas compte de la complexité des événements.

Quelques axes de réforme devront découler de ce qui s’est passé. Il s’agit d’abord de reconsidérer l’hôpital dans toutes ses dimensions et non comme un système où seuls compteraient les flux. Cette approche, au prétexte que seules subsisteraient les maladies chroniques et que tout serait prévisible, est évidemment erronée. Il faut donc aussi réfléchir aux stocks.

En deuxième lieu, cette crise donne des pistes pour la réforme de la gouvernance hospitalière. Elle a montré que le volant doit être davantage tenu par le corps médical, beaucoup plus légitime à conduire les établissements. Cette reprise en main s’est imposée naturellement. À cet égard, le rôle joué par les « directeurs médicaux de crise » a été fondamental et a contribué grandement au succès de la réponse hospitalière. L’administration doit assurer l’intendance et rester dans les domaines où s’exercent au mieux ses compétences.

On a constaté aussi que le temps bureaucratique (réunions en tous genres, multiples commissions, groupes de travail ou de réflexion, comités ad hoc, etc.), ainsi que les longs délais pour approuver et mettre en œuvre un projet et les procédures réglementaires interminables se sont réduits dans des proportions considérables, car seules importaient l’efficacité et la vitesse d’exécution. Dans ce domaine, il ne faudrait pas revenir en arrière, mais garder cette sobriété pour favoriser le temps médical.

Le troisième point touche aux financements. Comme s’y est engagé le gouvernement, l’enveloppe hospitalière ne doit plus être répartie avec les mécanismes pervers actuels. Elle doit surtout être suffisante pour mieux rémunérer les personnels hospitaliers les moins bien payés, alors qu’ils ont montré le rôle crucial qu’ils jouaient, et investir, afin que l’hôpital soit armé convenablement face aux périls.

 

Source : Decision-sante.com

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