Tribune d'un réanimateur - Tri médical, une pratique quotidienne qui n'est pas immorale
Brève

Tribune d'un réanimateurTri médical, une pratique quotidienne qui n'est pas immorale

Arnaud Janin
| 22.04.2021

Parue dans le journal Le Monde du vendredi 23 avril, la tribune de Mathieu Acquier, médecin au service de médecine intensive et de réanimation au CHU de Bordeaux souligne que le tri des patients fait partie intégrante de la pratique quotidienne d'un réanimateur. Il répond notamment au porte-parole du gouvernement Gabriel Attal qui le 31 mars avait affirmé : « Le tri des patients n'est pas une option. ». Verbatim.

  • lits de réa
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« Une confusion est créée : la crise sanitaire que nous traversons n'a pas fait naître la problématique du tri en réanimation, elle la met seulement en exergue. Prioriser fait partie intégrante de la pratique quotidienne d'un réanimateur », explique Mathieu Acquier. Selon le réanimateur, les exemples de priorisation sont nombreux dans la pratique médicale actuelle, en transplantation d'organes, en réanimation, mais aussi désormais dans la vaccination.

Dans la même logique, le CCNE a adopté cette position le 13 mars dernier selon laquelle « le respect du principe d'équité étant une condition essentielle d'action en contexte de pénurie de ressources ». Et de recommander que « l'exigence de justice, au sens d'égalitarisme, soit pondérée par la nécessité de priorisation des ressources ». Ainsi, selon le réanimateur, la priorisation est la réponse proposée à la question de la justice distributive pour une répartition juste des ressources, le tri médical est la mise en application.

Le CCNE n'est pas non plus d'accord avec le principe égalitariste du « premier arrivé, premier servi ». En conséquence, selon Mathieu Acquier, « la priorisation n'est pas immorable, et la question n'est pas de l'éviter à tout prix ». Au contraire, justifie-t-il, le tri résulte d'un choix complexe qui véhicule une charge émotionnelle non négligeable. En tant que tel, il se doit d'être assumé par le médecin qui y est contraint par les circonstances. Et d'enfoncer le clou : « L'enjeu est qu'il ne devienne pas trop sévère et inacceptable. Le corps médical est décideur en situation, mais n'est pas responsable de celle-ci, qui dépend de choix socio-économiques en amont. »

Pour élaborer sur ce sujet une discussion collective, il faut réaliser un retour d'expérience. Mais celle-ci ne doit pas être niée. « Un retour réflexif, collaboratif et démocratique permettrait d'améliorer le cadre du soin en France », conclut Mathieu Acquier.

Source : Decision-sante.com

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