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Magazine de la santéLa crise de l'hôpital s'invite à la télé

Arnaud Janin
| 10.10.2019

Agressions de soignants, fatigue, insuffisance de rémunération, impression de ne pas être écoutés... Témoignages du ras-le-bol des personnels et des médecins hospitaliers dans les services d'urgence et au sein de l'hôpital public, dans l'émission du Magazine de la santé diffusé sur France le 10 octobre. Détails.

Ce n'est pas n'importe quelle démission. C'est celle du Pr Jean Lacau Saint Guily, chef du service ORL et de chirurgie cervico-faciale de l'hôpital Tenon (AP-HP). En exercice depuis trente ans, il quitte le grand navire de l'AP pour rejoindre une petite structure. Cet "abandon" est l'un des nombreux témoignages de l'émission Le magazine de la santé diffusé sur France 5 le 10 octobre consacré aux urgences et à la crise hospitalière. « La goutte d'eau qui a fait déborder le vase, c'est quand on nous a annoncé la suppression des aides-soignantes de mon service pour des raisons budgétaires, en affirmant que les infirmières pouvaient à la fois faire des soins et distribuer les repas. Je pars. Car nous sommes inécoutés. Il y a au sein de l'hôpital public une dispersion de la prise de décision insupportable », martèle le professeur.

"Ce silence [des pouvoirs publics] devient méprisant"

Ce qui choque le plus dans ces propos ainsi que des autres personnes interviewées, au-delà de la souffrance des soignants, de leurs agressions (une infirmière avec un œil au beurre noir témoigne !), de leur fatigue, de leur départ en nombre, c'est l'impuissance des pouvoirs publics à leur trouver une réponse. Yasmina Kettal du collectif Inter-Urgences, une infirmière à l'hôpital Bellefontaine de Saint-Denis (93) interpelle le député LREM, Thomas Mesnier, presque désemparé pour rassurer : « Ce silence devient méprisant, tonne-t-elle, vous n'avez pas réussi à nous donner des réponses concrètes. »

"Il faut revaloriser les salaires des soignants"

Alors que le rapporteur dédié aux urgences demande encore du temps pour former des médecins après la fin du numerus clausus et se plaint de ne pas réussir à remplir les écoles d'infirmières, ses interlocuteurs sur le plateau en remettent plusieurs couches. Alors que Martin Hirsch, le DG de l'AP-HP a annoncé mardi 8 octobre en réunion de la CME que 900 lits ne sont pas pourvus en raison du manque de personnel, Sophie Crozier, neurologue à la Pitié Salpêtrière (AP-HP) s'insurge : « Dans notre service UNV dédié aux patients atteints d'AVC, on est encore obligé de fermer des lits car les soignants ne sont pas là et les recrutements ne viennent pas ! Pour avoir du personnel au lit des patients, il faut revaloriser les salaires des soignants ! Sur ce sujet, nous ne sommes situés qu'au 26e rang dans les pays de l'OCDE. » Le député justifie les fermetures de lits non pas pour des raisons d'économie, mais justement par les problèmes de recrutement. Et mentionne le CHU de Poitiers où il exerçait et qui est un exemple de réussite de réorganisation d'un établissement.

"L'hôpital est aussi un désert médical"

Ce manque d'attractivité de l'hôpital public est souligné par tous les intervenants. Celui-ci est concurrencé par le privé. Outre le manque criant de personnel soignant, le nombre de postes non pourvus est impressionnant : 37,2 % chez les anesthésistes réanimateurs, 27,2 % chez les chirurgiens. Les jeunes infirmiers et infirmières diplômés embauchés à l'hôpital restent en moyenne sept ans avant de quitter leurs fonctions. « L'hôpital est aussi un désert médical. Un radiologue qui s'en va dans la clinique en face de l'hôpital, peut être payé trois fois plus », insiste Frédéric Valletoux. « La contrepartie aux économies demandées à l'hôpital aurait été de faire des réformes de structure. Ce qui n'a pas été fait », questionne le président de la Fédération des hôpitaux publics (FHF). Est-il déjà trop tard ?

Source : Decision-sante.com

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