Entretien avec Anne Fagot-Largault

« La pratique médicale doit impérativement devenir collective »

Publié le 25/01/2010
La médecine en France a souvent dépassé ses strictes frontières. Et joué le rôle de passerelle avec les sciences humaines ou la philosophie. L’entrée d’Anne Fagot-Largeault au Collège de France en 2001 a consacré cette pratique. Il ne s’agit pas seulement d’une aventure intellectuelle, d’une exploration entreprise au-delà d’un territoire balisé d’un savoir, mais de l’engagement d’une vie. Anne-Fagot-Largeault a bien deux métiers, deux compétences, deux exercices professionnels qui lui ont permis au-delà des mots de penser ensemble médecine et philosophie. Aux urgences de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, où ce professeur de philosophie a longtemps été psychiatre de garde (les lundis), on est loin de la spéculation théorique, abstraite. L’enjeu est d’abord de soulager, d’aider, de comprendre le cas d’un malade particulier. Rude école d’humilité où la modestie, la compassion s’imposent loin de toute arrogance comme des outils du quotidien. Et parce que la pensée se nourrit ici d’une pratique, le livre traduit cette attitude. Pas de leçons définitives ou de généralisations hâtives, mais une conviction forte, profonde, sensible, que la médecine est philosophique, parce qu’elle est à la fois métaphysique, épistémologie et morale. Démonstration.
Décision Santé. Vous affirmez dans la préface à ce recueil de textes que la médecine est une philosophie. Pourquoi y a-t-il alors si peu de médecins philosophes aujourd’hui ?

Anne Fagot-Largeault. Les médecins praticiens sont engloutis dans le travail. Le travail n’attend pas.

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