Entretien avec Claude Lanzmann

Sartre n’était pas dans la fin de l’histoire

Publié le 05/07/2010
Lorsque l’on a vécu sous l’ombre tutélaire des grands maîtres, il n’est pas aisé de brosser leur portrait. Claude Lanzmann, qui n’a peur de rien ou presque, ne s’est pas risqué dans son Lièvre de Patagonie à ce délicat exercice. S’il n’est pas un héritier, comme il le revendique dans cet entretien, l’auteur de Shoah, directeur des Temps Modernes, est toutefois le gardien vigilant du temple. C’est là, tout compte fait, une belle mission. Alors que l’époque célèbre le culte du dérisoire ou de l’apparence pour tenter d’oublier sa propre peur du vide, Jean-Paul Sartre, dans ce volume de la Pléiade consacré à ses Écrits autobiographiques*, hisse le lecteur dans cette République des lettres à son égal, un animal doué de raison prêt à tous les voyages, y compris ceux de l’esprit. Loin du mépris bourgeois, il partage avec lui humour, sens de la dérision et fête l’écriture comme si elle était la chose du monde la mieux partagée. On y goutte avec bonheur chaque phrase, chaque mot des Mots, ce chef-d’œuvre de l’autobiographie selon le maître d’ouvrage de ce volume Jean-François Louette. D’autres textes célèbres emportent le lecteur, comme la préface à la réédition d’Aden Arabie, le livre de Paul Nizan, toujours avec la même passion, celle de la fraternité partagée : « Chasseur maladroit, les mots m’éblouissaient, parce que je les manquais toujours ; Nizan plus précoce en avait une pleine gibecière. » Revendiquons tous le droit à cette chasse-là, quitte à revenir bredouille.

Crédit photo : newtypo

Décision Santé. Aujourd’hui, alors que paraissent ses écrits autobiographiques, l’œuvre de Jean-Paul Sartre paraît condamner au purgatoire. Comment peut-on l’expliquer ?

La suite de l’article est réservée aux abonnés.

Abonnez-vous dès maintenant

Déjà abonné ?

Vous êtes abonné au journal papier ?

J'active mon compte