AVC : la Nouvelle-Aquitaine* se penche sur ses parcours de santé

18.07.2016

Optimiser la prévention, accélérer la prise en charge et renforcer la réadaptation des patients victimes d’AVC en Nouvelle-Aquitaine, tels sont les enjeux débattus lors des « Rencontres de la Santé » qui se sont déroulées le 28 juin à Bordeaux, à l’initiative de Décision Santé et du Quotidien du Médecin, en partenariat avec France AVC et les laboratoires Bayer.

Malgré une incidence moindre que dans le Grand Est, les AVC demeurent un fléau qui mobilise les équipes soignantes de la Nouvelle-Aquitaine. Une région immense et si contrastée qu’à l’ARS, « on la surnomme petite France » a indiqué Nicolas Portolan, directeur de l’offre de soins et de l’autonomie, qui a rappelé le travail accompli sur ce territoire pour maintenir l’égalité d’accès aux soins des patients victimes d’AVC : campagnes de prévention pour l’appel au 15, création de consultations avancées de spécialistes, essor de la téléthrombolyse***.
 
Enjeu de santé publique, le combat contre les AVC commence par la prévention : « un AVC évité c’est 30 000 euros par an économisés » a précisé Nicolas Portolan. La victime type d’un AVC en Aquitaine** est un homme (57%) de 75 ans, avec des antécédents d’hypertension, dyslipidémie, diabète, tabac ou fibrillation auriculaire. Les causes majeures de l’AVC étant la maladie athéromateuse et la fibrillation atriale, le cardiologue Eric Parrens a réaffirmé l’importance d’un repérage précoce des patients à risque, et insisté sur le nécessaire recours aux statines, « médicament majeur dans la maladie athéromateuse » et souligné l’inanité des récentes polémiques : « sur les statines, il y a zéro doute ! ».
 
Course contre la montre
Lorsque survient l’AVC, une véritable course contre la montre doit s’engager. Et pour être efficace, la thrombolyse doit intervenir dans les 4h30 après le début des symptômes, la thrombectomie dans les 6h.
Premier pas vers une prise en charge rapide, l’appel au 15 est en progrès, mais encore insuffisant (50% des AVC aquitains) ; 27% des patients passant encore par leur médecin traitant, ce qui rallonge le délai de prise en charge. On note aussi, une nette amélioration des délais moyens d’accès à la thrombolyse (de 3h20 à 3h)**.
« Chaque quart d’heure gagné, c’est un mois de vie en plus, sans handicap, a précisé le Pr Igor Sibon, neurologue au CHU de Bordeaux. « Nous devons donc optimiser les transports vers les centres de téléthrombolyse, les 14 unités neurologiques et les 3 CHU (Bordeaux, Limoges, Poitiers) disposant d’un plateau de thrombectomie ».
Mais si ce maillage régional est pertinent, les délais sont parfois difficiles à tenir : « Nous sommes à 45 minutes du CHU de Bordeaux, a expliqué Gaelle Seignolles, neurologue à l’hôpital de Marmande, mais comme notre transport vient d’Agen, il faut compter près d’une heure de plus. »
 
Développer la thrombectomie
Une fois arrivé, le patient doit accéder rapidement à l’imagerie. Et si, là aussi, les progrès sont réels, scanners et IRM ne sont pas toujours disponibles 24h/24, faute de personnels.
Côté technique, Jean-Marc Faucheux, neurologue à l’hôpital d’Agen, a rappelé « le bénéfice indiscutable de la thrombectomie, pour une meilleure recanalisation ». L’ARS a d’ailleurs en projet la création d’un quatrième centre régional de thrombectomie entre Bayonne et Pau. Mais le développement de cette technique efficace se heurte à un écueil économique, souligné par le Pr Jérôme Berge, neuroradiologue au CHU de Bordeaux : « Cet acte n’est toujours pas côté et son coût (5000 euros) est intégralement supporté par les CHU. A Bordeaux, cela représente un budget d’un million d’euros. »
 
Prévention secondaire
« Nous avons accomplis des progrès fantastiques dans la phase aigüe de l’AVC » indique le Pr Thierry Couffinhal, cardiologue au CHU de Bordeaux. « Mais il reste un important travail de prévention secondaire à mener, pour éviter les récidives (20%) » complète le Pr Igor Sibon. Ensemble, ces deux praticiens ont créé une filière commune de prévention secondaire. Après réadaptation, ils proposent aux patients victimes d’AVC (ou d’infarctus), un bilan étiologique pour identifier leurs risques, puis une prise en charge pluridisciplinaire et un programme éducatif, pour les réduire, en coordination avec le médecin traitant.
 
Rééducation hors les murs
Suivant jusqu’au bout le parcours santé, le colloque s’est penché sur la prise en charge des séquelles physiques et des troubles non moteurs (démence, dépression...) post-AVC. Melanie Engelgardt, de France AVC, a regretté le manque cruel de paramédicaux dans certains territoires, rendant difficile la poursuite des soins à domicile. « D’autant que pour récupérer efficacement d’un AVC, il faut travailler en intensité, a précisé le Pr Patrick Dehail, médecin physique et de réadaptation du CHU de Bordeaux.
Une étude nationale montre que seulement 10% des patients qui ont besoin de rééducation post AVC, sont accueillis dans un service spécialisé. D’où l’essor de nouvelles voies de rééducation hors les murs : télé-rééducation, auto-rééducation guidée ou équipe mobile, comme celle créée en Aquitaine, et qui apporte ses compétences de rééducation à distance ou en centre non spécialisé.
 
On le voit la Nouvelle-Aquitaine sait être novatrice et préparer les défis de demain. Nicolas Portolan a d’ailleurs énoncé les priorités de l’ARS pour améliorer le parcours de santé AVC : « Renforcer l’accès aux IRM, car il est intolérable que des équipements existants ne fonctionnent pas 24h/24 à cause de problèmes d’organisation ; développer les transports héliportés ; former de nouveaux neuroradiologues (thrombectomie) ; mettre le paquet sur l’aide aux aidants. »
 

                                                  Patrice Jayat

 
* nom de la nouvelle région regroupant Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes
** enquête menée en Aquitaine par l’observatoire aquitain des accidents vasculaires cérébraux (ObA2)
*** permet aux centres hospitaliers sans radiologue, d’obtenir une consultation radiologique à distance, avant d’engager une thrombolyse

Source : Decision-sante.com
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