Témoignage

Jehane, médecin intérimaire, interpelle Martin Hirsch (AP-HP) sur la précarité quotidienne

Par
Publié le 02/06/2022
L'autrice Belisa Joul met en scène des soignants et des épisodes de vie afin de sensibiliser les gens à la dégradation de l'hôpital public. Témoignage de Jehane, médecin intérimaire.

Crédit photo : capture écran vidéo Mur de blouses

Dans la websérie Mur de blouses (voir ici), Jehane, 34 ans, se dit médecin contractuel à l'AP-HP. Elle a interpellé Martin Hirsch, son patron, sur France Inter le 30 mai (voir notre brève ici), qui désigne ces praticiens « mercenaires ». Concernant les infirmières qui manquent cruellement, celles qui utilisent « cette drogue douce de l'intérim ». Il faudrait selon lui réguler cette situation en reprenant le statut précédent qui interdisait l'intérim juste après le diplôme. Ce seraient des salariés privilégiés « qui travaillent quand ils le veulent en étant payés trois fois plus que les autres ». Ce n'est pas l'avis de Jehane, selon laquelle 41 % du personnel médical de l'Assistance est intérimaire. Elle pose la question de l'attractivité de la profession dont le salaire n'attire plus personne. Selon elle, les stagiaires qui seront embauchées cet été, démissionneront après leurs 18 mois d'exercice obligatoire cet été. Dans la web-série, elle raconte qu'elle doit rédiger une lettre pour postuler à un poste titulaire tous les six mois. Mais elle se demande « si cela vaut le coup de donner sa vie à l'hôpital public ». Elle dit avoir deux pieds, un chez les anciens qui ont connu un hôpital de qualité et qui l'encouragent à le faire et l'autre chez les jeunes qui ne supportent plus la maltraitance quotidienne. Ces derniers refusent la précarité et ne restent pas à l'hôpital. Malgré tout, elle va l'écrire, « cette putain de lettre ».

Deux tiers des médecins en burn-out

Quant à Martin Hirsch sur France Inter, il a fait référence à une étude parue vendredi 27 mai dans 89 pays qui montre que dans les urgences deux tiers des médecins et trois quarts des infirmières sont en burn-out. À l'AP-HP, il y a 15 % de lits fermés. « Notre manque porte sur les infirmières. Il y en a 1 000 de moins qu'il y a un an. Or on avait prévu de former 400 postes supplémentaires mais cela n'a pas pu se faire. Donc il nous manque 1 400 infirmières par rapport à nos besoins. » Certaines ont changé de métier, d'autres sont parties dans le privé ou en province, etc. Pour y remédier, l'AP-HP va recruter 1 000 diplômées en juillet. Le directeur général prône la revalorisation du travail de nuit et de garde le week-end, « sujet qui n'a pas été mis sur la table pendant les négos du Ségur ». Le personnel de l'AP-HP en arrêt maladie représente 8,5 à 9 % du total. Il a été de 13 % durant Omicron début 2022.


Source : decision-sante.com