Brève

Victor Segalen dans la Pléiade

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Publié le 19/11/2020
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Victor Segalen sera-t-il le dernier écrivain médecin à être publié dans la bibliothèque de la Pléiade ? Il aura attendu plus d’un siècle pour être imprimé sur papier bible, lui qui avait pourtant une sainte horreur des missionnaires en général, et de la religion chrétienne en particulier. Les Immémoriaux, son ouvrage le plus célèbre, en témoigne. La charge dirigée contre les pasteurs britanniques qui en évangélisant Tahiti ont détruit une culture vise bien au-delà. Il s’en ouvre franchement dans deux lettres admirables adressées à Paul Claudel et recueillies dans les Lettres d’une vie (1). Sa foi unique, totale, « tout entière esthétique, une recherche exclusive de beauté, un désir permanent de tendre partout à la beauté, d’en réaliser un reflet dans ses pensées, dans ses actes, surtout dans ses œuvres, et cela sans prétendre à embrasser, ni déterminer, ni fixer la beauté ». Cette lettre programmatique est déroulée dans l’œuvre, refuge, abri pour un peintre dont l’urgence est de sauvegarder les peintures et de défendre la mémoire, Paul Gauguin. Rimbaud, Huysmans sont ses autres héros. Lassé par la médecine, plutôt que de sonder et autopsier les corps, Victor Segalen opte pour l’auscultation du monde, comme l’explique dans sa préface Christian Doumet. Il part alors dans de longues expéditions en Chine où l’écrivain-voyageur se métamorphose en archéologue sans oublier de célébrer « cette terre jaune, très particulière à la Chine du Nord », et d’honorer les « âges dans leurs chutes successives, et le temps pour sa voracité ». Les artistes sont dans le même temps de piètres politiques. Dans une lettre écrite à ses beaux-parents le 14 décembre 1911, l’écrivain fustige alors que l’empire chinois est en train de tomber, ces « rebelles pour leurs attitudes apprises, leur humanitarisme, leurs lavures de vaisselles protestantes ; et surtout parce qu’ils contribuent à diminuer la différence entre la chine et nous ; or vous savez que l’exotisme seul m’inquiète ». La mort de Victor Segalen, à 41 ans, est enveloppée de mystère. Avec cette édition, l’œuvre devrait échapper au petit cénacle qui en cultivait un usage réservé, aristocratique. La beauté est en effet un bien commun.

 

(1) p. 371 collection l’Imaginaire. (2) p. 275, ibid. Victor Segalen, Œuvres 1 et 2, chaque volume 62,50 euros jusqu’au 31 août 2021.


Source : decision-sante.com